Bonjour Ryan ! Merci d’avoir accepté d’être interviewé pour Nightsystem. Est-ce que tu pourrais d’abord te présenter à nos lecteurs?
Je m’appelle Ryan Crosson, j’ai 25 ans et j’habite depuis toujours dans la région de Detroit aux USA.

Comment est-ce que le fait de grandir dans cette ville et d’y vivre t’a influencé en tant qu’artiste?
Detroit a toujours été un épicentre en matière de musique. Que ce soit en rock, soul, blues, hip-hop ou en techno, la Motor-City a une tradition de musiciens de qualité et de divers cercles d’artistes underground. Je pense que je n’ai réellement compris tout cela qu’a la fin de l’adolescence, où je me suis mis à sortir un peu partout en ville, notamment dans des concerts hip-hop et des soirées techno.

Pourrais nous en dire un peu plus sur ton parcours?
Tout a débuté à la fac, où j’ai commencé à mixer dans des soirées privées chez des particuliers. J’ai d’abord eu une phase house, et je me suis ensuite mis à la techno vers la fin de la fac. En 2003 j’ai commencé à écrire de la musique, pour délaisser le DJing pour un bon bout de temps.

Quelles sont tes influences musicales? Jouais tu d’un instrument plus jeune?
Mes influences les plus importantes sont sans doute Matthew Dear et Ricardo Villalobos, mais nous ne serions pas entrain de faire cette interview sans l’existence de Magda et Richie! C’est lors de mes premières sorties que j’ai été confronté à leurs sets, et ils m’ont vraiment donné de l’inspiration pour m’impliquer dans la techno et bosser dur.
Quand j’avais 12 ans j’ai joué du saxo pendant un an mais ça s’est arrêté là. Aux USA on ne te pousse pas vraiment à jouer quoique ce soit, et à cette époque là je ne n’avais aucune idée des avantages procurés par l’apprentissage d’un instrument.

As-tu toujours été dans le délire minimal ?
Non, la techno plus musclée était encore prédominante en Amérique quand je suis rentré dans le milieu.

Comment est-ce que tu es rentré dans cet univers là ?
La série des Decks/FX/909 (a.k.a. DE9) par Richie a vraiment changé mes horizons musicaux. Je pense aussi que ça avait un rapport avec mon age. Avec les années je me suis mis à désirer des sons différents, un peu plus sexy.

Quels autres sons apprécies-tu ?
Hmmm j’écoute pas mal de trucs différents, excepté la country et la majorité de la pop. Cependant j’ai quelques pêchés mignons dont je ne suis pas trop fier !

Reconnaître un producteur à l’écoute d’un de ses tracks sans connaître le maxi est question n’est que possible qu’avec les artistes talenteux, dont j’estime que tu fais partie ! Comment définirais tu la Ryan Crosson touch ?
Très percussive, avec pleins de shuffle dans la plupart des cas. Mais j’espère me diversifier avec l’arrivée de mes futurs maxis.

Ton discogs fait allusion à « un rythme de travail implacable en studio ». Pourrais tu nous en dire un peu plus ? Pour toi comment se déroule la création de tracks ?
De retour du boulot, je passe le gros de ma journée dans mon sous-sol, et je m’y enferme pendant de longues heures. Je suis le plus productif quand je dois terminer des morceaux. Malgré de longues heures de travail, un nombre hallucinant de loops part à la poubelle. Beaucoup me disent que je passe trop de temps en studio, que je ne fais pas assez de pauses pour m’amuser et sortir. Mais passer la journée à créer de la musique et jouer avec différents sons, ça me suffit ! Ce n’est sûrement pas l’activité la plus sociale, mais j’adore ça. Je bosse encore et encore sur mes sons jusqu'à ce que je ne puisse plus ouvrir les yeux. Le lendemain c’est reparti pour un tour. Parfois il m’arrive d’avoir une idée au travail, ou je mets la main sur un nouveau programme et je bidouille jusqu'à obtenir un truc qui me plait. Je n’ai pas de formule ou de structure particulière pour la création.

Quel matériel utilises-tu pour la production ?
Tout ce que je fais repose sur Ableton. A partir de là j’y incorpore Reason, des trucs de chez Native Instruments et divers autres VSTs. Je compte bientôt m’équiper en hardware pour accompagner mon Hamonizer (NDLR : un effet pour modifier le pitch et la tonalité, qui fait partie intégrante du son Crosson).

Et pour tes lives ?
En live c’est toujours et encore Ableton en faisant tourner le plus plug-ins possible sans faire planter mon ordinateur. J’utilise un contrôleur UC33.

Tu as signé sur plusieurs labels minimaux, qui ont tous une orientation musicale particulière, comme le groove jazzy de Telegraph ou les sons froids et majestueux de M_nus par exemple. Est-ce que tu adaptes tes morceaux à l’esprit du label sur lesquels tu les sors ?
Oui, j’essaie toujours de garder l’esthétique du label en tête. « Likewise…freak ! » est probablement le morceau le plus adapté au son Telegraph, mais je ne voulais pas que tout le maxi sonne comme ça. Avec m_nus c’est plutot 50/50, mais avec mes futures sorties chez eux j’espère me forger une identité plus prononcée avec le son Berg Nixon.

Qui est Berg Nixon ? Un simple alias ou un véritable side-project ?
En ce moment j’œuvre à affermir le concept derrière Berg Nixon. La personnalité « Berg » est différente de celle du Ryan qui fait ses tracks à la maison. L’idée de faire un LP Berg dans le futur afin de pouvoir donner vie à ce projet est très tentante !

De toutes tes sorties, quel est ton morceau préféré ?
Ca change tout le temps… Parfois j’ai tellement marre d’écouter certains morceaux qu’après avoir fini de bosser dessus je ne les aime plus ! C’est pourquoi désormais t’entends peu de morceaux finis dans mes sets live, car j’en ai simplement ma claque et je veux faire des trucs nouveaux.

Le terme « minimal » est de plus en plus utilisé et dans plein de contextes différents, au point qu’il est impossible de le définir clairement face au nombreux genres et sous-genres. Quelle est ta définition de la « minimale » ?
De la répétition et genre 5 sons.

On le voit un peu partout, de plus en plus de gens se plaignent du fait qu’avec la minimale « tout se ressemble ». Quelle est ton opinion sur ce point de vue là ?
C’est vrai que tellement de trucs sonnent pareil, mais c’est peut-être dû au fait qu’aujourd’hui il est relativement facile de faire de la bonne musique sans se ruiner.

Alors que considères-tu être de la « bonne minimale » ?
A mes yeux la meilleure musique est celle qui fait réfléchir, danser et donne envie de faire l’amour, tout ça en même temps. Sometimes it’s minimal, sometimes it’s not.

À trop être associé à la scène minimale actuelle, tu ne crains pas de souffrir de l’inévitable essoufflement du hype?
Cette situation me laisse assez indifférent. Que la minimale continue son explosion ou qu’elle se casse la gueule, ça m’est égal. Je veux juste écouter de la bonne musique. M_nus, Perlon, Cadenza, Spectral, Telegraph etc, ne vont pas disparaître du jour au lendemain et si leur son se métamorphose en quelque chose différent qu’a l’heure actuelle, il y a fort à parier que cela restera de la musique de qualité. Il y a tellement de jeunes producteurs talentueux dans le monde entier qu’où qu’aille la minimale, elle restera positive.

Que penses-tu de l’énorme buzz autour de M_nus ? Quel est l’artiste du crew qui t’as le plus impressionné ?
Je trouve que c’est génial. Je sais que certains vouent une haine particulière au label à cause de tout la marketing qu’il y’a derrière, mais je pense que c’est une bonne chose pour la musique électronique. Ils font des soirées terribles dans le monde entier et ont une armada de fans. Si la musique électronique se destine à exploser encore plus, tout en conservant la qualité des sons actuels, alors je pense que c’est parfait de commencer par M_nus. Te dire qui parmi tout le crew m’a le plus impressionné n’est pas facile car tellement d’artistes sont au top en ce moment, et ils sont en train de signer des nouveaux également. 2007 va être une année monstrueuse pour M_nus.

Ces jours-ci j’apprécie particulièrement les sons qui nous viennent d’Argentine (Barem, Seph, Violett par exemple). Tu as collaboré avec quelques un de ces artistes, comme Violett (un remix sur Kids EP TEL27). Que penses tu de cette scène ?
Je ne peux pas te dire grand-chose sur la scène argentine car je n’y suis jamais allé. Cependant, tu as raison, la musique qui sort de cette région en ce moment est terriblement efficace, et je suis content pour tout ce crew. Ca a été un plaisir de discuter avec tous ceux avec qui j’ai été en contact, ils sont vraiment agréables et chaleureux !

Comment imagines-tu le futur de la minimale ?
Tesh Club met le monde entier à genoux ! (résidence de Crosson et Seth Troxler à Détroit)

Pour finir, j’aimerai te demander sur quoi est-ce que tu travailles en ce moment. Quels sont tes prochaines sorties et tes projets en cours ? Tu peux nous balancer des infos exclusives ?
J’ai vraiment été en mal d’inspiration ces derniers temps, en partie à cause des mes nombreux bookings dans les derniers mois. Un remix de Seth Troxler sort en novembre sur Beretta Grey (Detroit). Sinon je peaufine un remix de Louderbach pour la seconde partie du maxi Enemy Love Remix. J’essaie de terminer un autre maxi par Berg Nixon, et je bosse sur un track pour un maxi Tesh Club qui sort au printemps (les autres artistes dessus sont Lee Curtiss, Seth Troxler, et Bruno Pronsato). Après ça je fais une pause !


Interview réalisée par Ed



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Hello! Thank you for accepting to be interviewed by Nightsystem. Could you start off by telling us where you are from and where you're living these days? Also your age (if you dont mind)
I've lived in Metro-Detroit my whole life. 25 years old.

How has living/growing up in the Detroit area influenced you as an individual and also as an artist?
Detroit has always been a great epicenter for music. Whether it be rock, soul, blues, hip-hop,techno, it's always had a rich history of quality musicians and various types of underground cliques. I don't think I really grasped this until i was in my late teens and started going to different shows around the city which were predominantly hip-hop and techno shows/parties.

Could you tell us about your career path? What are your musical influences? What did you listen to or which instruments did you play when you were younger?
I got started in college DJing house parties and stuff. I went through a house stage and then moved to techno towards then end of college. In 2003 I began to write music and really ignored Djing for a while. My biggest influences over the past few years have been Matthew Dear and Ricardo, but I wouldn't be talking to you today about Magda and Rich. These were the first parties I went to and they/it really had a profound influence on me really getting involved in techno and working hard at it.... when i was 12 years old I played saxophone for a year but that's it. In America, you're not really pushed to play a music instrument or anything and at that time I didn't realize the benefits of learning an instrument.

Were you always into minimal? How did you get into it? What else do you listen to?
No, harder techno was predominant in America when I got into the scene. The Decks/FX series that Richie did really changed things for me. I think it may have been an age thing too. As I got older I wanted different sounds, a little bit sexier. Ummm, I listen to a lot of different stuff except for country music and most pop. Although I do have a few guilty pleasures, that I'm not too proud of ;)

With a few talented producers, one can immediately recognize their tracks even without being familiar with the release. This is definitely the case with you. How would you define the Ryan Crosson touch/signature/sound?
Very percussive and plenty of shuffle in most cases. But with some new releases coming I'm hoping to be a bit more diverse.

Your discogs bio refers to a "relentless work ethic in the studio". Could you tell us more about this and also through which processes you go when creating tracks?
I pretty much spend all day in my basement after i get home from my day job and really "go after it" when I'm trying to finish music. Countless loops are thrown away after hours of work. A lot of people tell me I work too much and don't take enough breaks to have fun and go out. But making music, noodling around is fun for me. Maybe it's not the most social thing but I love it. I just keep working and working until my eye lids won't stay open anymore. Then I start all over again the next day. Sometimes I'll have an idea at work or I'll get a new program and mess around with sounds where something just happens. I don't have a formula or structure that I go by.

Could you tell us briefly what gear you use for production, software/hardware? And for your livesets?
Ableton is the backbone for everything I do. From there I incorporate Reason, NI stuff and various other VSTs. I'm thinking of buying some additional hardware soon to go along with my harmonizer. For live, it's ableton again and as many plug ins as my computer can handle. I use a UC33 controller

You've signed to a variety of minimal labels, which vary in their musical orientation (as in Telegraph's jazzy groove VS M_nus's majestic minimal for instance). Do you try to adapt your tracks to the feel of the label you are releasing it on?
I normally always try to keep the lable aesthetic in mind. "Likewise...freak" was probably the best track that suited Telegraph but I didn't want the whole release to sound like that. With M_nus it was about 50/50 but in my upcoming releases for them I hope to establish more of an identity with the Berg Nixon sound.

Could you tell us more about Berg Nixon? Is it a proper conceptual side project, or just an alias?
I'm working towards establishing more of a concept behind Berg. The "Berg" personality definitely differs from how I am at home. I'd like to try and do a Berg LP in the future to really bring the project to life.

Out of all your releases, which one is your favorite?
It changes all the time...I'm so tired of hearing certain things after I'm done working on them that I actually don't even like them anymore. Rarely do you hear finished tracks in my live PA's anymore b/c I'm just bored with them and want to do new stuff.

"minimal" is a term that has been overused in the last years, and it is impossible to define properly what it is as it regroups so many genres and sub-genres (i believe :p). What is your definition of "minimal"?
Repetition and like 5 sounds.

More and more people complain about the fact that with minimal "it all sounds the same". What is your say on this point of view? Or in other words what do you consider to be good/the best minimal?
So much stuff does sound the same but that may attribute to the fact that it's relatively inexpensive these days to make good music. The best music in my opinion is music that makes you think, dance and want to have sex all at the same time. Sometimes it's minimal, sometimes it's not.

It's clear that minimal is über trendy these days, and logically the hype will start fading away at some point. Being part of this scene, how do you feel about this prospect?
I'm indifferent aobout that situation. I don't care if minimal continues to blow up or fade away. I just want to hear good music. M_nus, Perlon, Cadenza, Spectral, Telegraph etc... aren't going anywhere and if they're sounds mutate in to something different than what they are now I'm willing to bet it will still be quality music. There are so many great young producers around the world right now that wherever minimal goes will be positive.

What's your opinion on the tremendous buzz/hype surrounding M_NUS? Which artist within the crew has impressed you the most?
I think it's great. I know people hate on Minus in a big way b/c of the marketing behind it but I think it's good for electronic music. They do great parties all over the world and have a strong following of fans. If electronic music is supposed to get bigger in a good way, I think M_nus is an excellent place to start. Picking one person that impresses me is tough because so many of the people on the label are doing really well right now and they're taking on a few more artists right now. 2007 will be a monster year for M_nus.

I really love the stuff which is coming out of Argentina these days. You have collaborated with a few of these artists, like Violett. What do you think of this scene?
I can't say anything about the Argentina scene b/c I've never been there. However, the music coming out of that region is absolutely awesome right now and I'm happy for that whole crew. Everyone that I've been in contact with has been so warm and really a pleasure to talk with.

How do you imagine the future of minimal?
Tesh Club takes over the world!

So what are you working on these days? Next projects or releases? Could we be cheeky and ask for some exclusive info ;-) ?
I've had a tremendous case of writers block lately partly do to the fact that i've had lots of gigs in the past few months. A remix of Seth Troxler is due out in November on Beretta Grey (Detroit) . I'm wrapping up a Louderback remix for the 2nd installment of Enemy Love Remix EP's. Trying to finish another Berg Nixon EP and working on a single track for the "Tesh Club EP" which will come out in the Spring (others on the EP will be Lee Curtiss, Seth Troxler and Bruno Pronsato). After that I'm taking a break!!!!!!


Interview done by Ed