J’aimerai d’abord que tu nous expliques comment tu as atterri dans la musique et le rap…

J’avais toute une quantité de gens dans ma famille qui étaient à fond dans la musique et une partie de mes cousins habitaient aux Etats-Unis donc quand ils revenaient en France, ils ramenaient des vinyles de N.W.A, De La Soul ou Run DMC. J’étais encore petit mais j’hallucinais déjà sur l’ensemble et sur l’attitude. J’ai pris vraiment ça en pleine gueule notamment Public Enemy en 1987. Je me mettais devant la glace avec des lunettes de soleil et j’essayais de faire des chorégraphies à la Flavor Flav ! J’avais beau écouter du rock depuis tout petit, le rap m’a parlé instantanément, comme à 1 million de Français. Quand c’est arrivé en France, j’ai compris que ce truc était fait pour moi. J’avais 9,10 ans quand j’ai commencé à danser. Je faisais du simili breakdance et j’allais au Trocadéro voir les mecs danser.
Les choses ont vraiment démarré quand j’avais 13 ans et que je suis parti vivre à Chambéry. On s’est retrouvés dans un lotissement près d’une cité et du coup, le rap n’était plus un simple univers lointain. Donc j’ai commencé à produire avec vraiment les moyens du bord, c'est-à-dire un magnétoscope et un macintosh plus. J’écrivais des textes et je rappais aussi. Puis le 8 janvier 1993, j’ai rencontré un groupe. On m’a présenté à la radio sous le nom Paradoxal H qui est resté (NDLR : d’où Para One). J’ai commencé à squatter dans la cité toute la journée, à faire du rap en permanence, très vite on a fait des concerts. C’était une cité vraiment pourrie et les élus poussaient vachement les jeunes à faire des trucs constructifs. Du coup, pendant des années, on a fait plein plein de scène.


Et donc à l’époque tu étais rappeur…

En fait j’étais rappeur, auteur parce que j’écrivais toutes les paroles du groupe, producteur et ingé son. J’étais du pain béni pour les mecs du groupe qui ne savaient pas du tout comment faire marcher les machines. Moi j’avais un petit peu d’avance. Eux ils n’avaient accès absolument à rien et moi j’avais à peine plus mais j’avais l’ambition de faire quelque chose. Ca nous faisait chier de rapper sur des instrus américains comme faisait tout le monde à l’époque surtout en province où personne ne produisait du son. Moi j’étais à fond dans le rap, j’écoutais énormément de rap new-yorkais des années 90 comme tout le monde, du Dj Premier comme tout le monde. Quand je retournais à Paris pour voir ma famille, je revenais avec pleins de skeuds et j’étais la star pour ça ! J’écoutais aussi pas mal de rap français avec notamment Time Bomb ou même avec Les Little, Ministère AMER ou EJM un peu avant.
Je m’ouvrais rapidement à d’autres cultures d’abord parce qu’au lycée, tu côtoies des goth ou des skateurs. Et puis je me suis mis à écouter aussi un peu les mixtapes de house de mon cousin (NB : le couz en question étant Saint Remy, Boss d’INITIAL CUTS). Je dois dire que ça me fascinait pas mal. Et même à l’époque, il y avait pas mal d’eurodance et je dois dire que je trouvais ça cool. Il y avait un truc avec la musique analogique, froide qui me séduisait bien. Et quand je réécoute les premiers Public Enemy ou du Drexciya, ça ne me parait pas si éloigné finalement. Souvent les puristes distinguent vachement le hip hop de l’électro avec d’un côté la chaleur de la Soul et de l’autre la froideur des machines. C’est une conception qu’on entend régulièrement dans le rap et qui a été véhiculé pas mal en France avec des mecs comme Akhenaton, qui faisait des morceaux parodiques sur la techno et qui, au final sont peut être ses meilleurs.
Mais je ne me suis pas mis tout de suite dans la techno parce que j’avais une fascination coupable pour cette musique. J’étais vraiment issue de la génération rap. J’avais posé sur une des mixtapes de Cut Killer en 1997 et c’était vraiment l’ancienne école en fait de la même façon que Tacteel était dans ATK. Mais à cette époque, j’ai ressenti une sorte de lassitude. J’avais l’impression de ne pas encore être là où je devais être mais que c’était une étape nécessaire. J’étais content de ce que je faisais mais je en même temps j’avais l’impression de ne rien inventer et ça ne correspondait pas à ce que je vivais dans ma vie, à ce que je voyais tous les jours. A l’époque, Paris fantasmait vachement New York et quand La Cliqua et Les Sages Po ont splitté, c’est devenu moins marrant. Il y a eu l’explosion Skyrock et ça a commencé à être la déprime. Quand Oxmo est passé sur skyrock, je me suis dis « tiens, ça ne va pas être bon ». C’est à ce moment là en 1998 où les mecs ont commencé à s’auto censurer que c’est devenu moins marrant.
Par exemple avec Tout Simplement Noir, les mecs se lâchaient tellement et j’ai toujours trouvé ça marrant ce trip de funk de cailleras, de grosses cailleras qui font des blagues bien pourries. J’ai toujours trouvé sympathiques et cools des personnages comme Stomy ou Joey Starr. Mais à une époque, ça a donné de la musique moins intéressante.


Tu es donc monté ensuite à Paris…

Voilà et j’ai commencé à bosser avec Quality Streetz. On s’est relancé dans toute une série de mixtapes, de concerts, de prods. Ca a été un boulot énorme et on ne gagnait pas une thune. Mais on a commencé à faire notre trou. Il y avait déjà ce petit côté « rap différent » et c’est à 22 ans que j’ai rencontré TTC qui venait de sortir son premier maxi « Game over ‘99 » et venait de signer sur Ninja Tunes. Moi simultanément, je commençais à me faire chier dans le rap français traditionnel et à écouter des labels comme Warp ou Ninja. C’est là où j’ai écouté les premiers Amon Tobin et je me sentais moins « coupable » quand j’écoutais ça. C’était une bonne jonction vers la musique électronique parce que les racines étaient le break et le jazz. Je suis revenu à mes amours de musiques froides beaucoup plus tard et je n’y serais pas arrivé directement par la techno.

Un peu aussi grâce à des gars comme Dj Shadow ?

C’est clair que Shadow a décomplexé pas mal de monde. Tous les backpackers et les skaters de l’époque écoutaient Dj Shadow ! Mais on sentait que c’était là où se situait la limite. Il y avait ceux qui écoutaient Shadow comme du Company Flow et ceux qui écoutaient Shadow comme du King Britt qui est capable de produire des trucs comme ça.


La connexion avec TTC s’est donc fait à cette époque là…

On a commencé à traîner ensemble en effet et Tido m’a dit « c’est mortel que t’aies un studio chez toi ! »… le renard ! On a démarré les collaborations au moment du morceau avec les Svinkels « Associations de gens normals » puis on s’est vu tout le temps, on jouait à la playstation ensemble et là on a vraiment rigolé. C’est devenu moins laborieux qu’au début où les réunions étaient un peu poussives. Mais finalement, on s’est mis à prendre goût à bosser ensemble avec TTC. A l’époque, j’étais dj des Svinkels sur 2,3 dates en remplacement intérimaire de Pone. C’était une période où je rencontrais tout le rap français grâce aux mixtapes qu’on enregistrait. Il y a même eu Stomy et Doc Gynéco qui sont venus chez moi enregistrer un morceau ! J’ai fait donc une multitude de rencontres mais celle qui est restée est celle que j’ai faite avec TTC. Ensuite via l’émission Grek Frite qu’animait Tekilatex, on s’est connecté avec Le Klub Des Loosers, Dj Detect et cie.
C’est aussi là que j’ai sorti un maxi « Blue Rain », un peu « broken beat » que je ne renie pas vraiment mais qui ne représente plus du tout ce que j’ai envie de faire aujourd’hui et c’était une façon de mettre un point final à toute cette période où j’ai pu écouter des trucs « break » ou « downtempo ».
Après la sortie de « Beatdown », Teki m’a vraiment poussé en me disant « tu dois avoir une carrière solo ». On a commencé à traîner avec des mecs comme Feadz de plus en plus. On commençait à sortir de ce délire « à la maison entre potes» à jouer à la playstation. On a bougé beaucoup plus en club parce que les clubs commençaient à jouer la musique qui nous plaisait. On s’est mis à écouter à bloc des sons électronica type Squarepusher ou Aphex Twin. Malheureusement presque, l’électroclash est arrivé à ce moment là et ce n’était pas forcément un bien. Avec le recul, j’ai l’impression qu’on s’est fait avoir par une fascination pour des trucs sur froids, sur allemands, qui n’étaient peut être pas si top que ça. A l’époque, l’album de Miss Kittin & The Hacker était mortel mais quand Gigolo s’est mis à sortir à tour de bras des maxis électroclash, ça a commencé à être déprimant et il a fallu se retrouver, se recentrer. C’est en retrouvant des sonorités que j’entendais quand j’étais gamin comme du Larry Heard (Mr Fingers ) et en me plongeant définitivement dans des univers comme Drexciya que finalement j’y suis parvenu. En fait, je me sens vachement plus libre avec ce que j’aime désormais.


Tu es considéré depuis un certain temps comme un sérieux espoir de la scène française, est ce que tu sens cette pression au moment de la sortie prochaine de ton album ?

Je suis attendu au tournant pour une minorité et c’est vrai qu’à une époque, ça m’a paralysé. Mais là, ça y est l’album est fait, il est là, c’est une étape dans mon boulot et je l’assume comme tel. A une époque, je le voyais trop comme l’aboutissement final de ma vie et c’était tellement angoissant en fait ! Par rapport aux exigences et aux attentes, il suffit d’aller sur internet pour se mettre à stresser en voyant les gens dire « là ce qu’il a fait, c’est bien. Là ce qu’il a fait, c’est pas bien »… si tu commences à écouter ça, t’es foutu. Il faut savoir se recentrer sur son travail et c’est pour ça que j’ai mis autant de temps à concevoir cet album. Là le morceau le plus vieux date de 2 ans et demi. Moi, j’avais envie de faire un truc frais qui représente une période dans mon travail et ce qui me libère maintenant, c’est le surplus de boulot. Là je bosse sur le 3ème album de TTC, je sors bientôt un 4 titres sur Institubes qui sera un tool pour dj, je devrais sortir aussi un Split EP avec Modeselektor.


A quoi doit on s’attendre avec cet album ?

Il n’y aura aucun invité. Concernant l’orientation musicale, c’est quelque chose de très personnel comme tout premier album. C’est quelque chose qui va chercher très loin. Je pense qu’il pourrait toucher les gens parce que c’est la revendication d’un univers musical que je ne suis pas le seul à avoir. Toutes les choses que j’ai pu écouter étant jeune puis en vieillissant se retrouvent dans le skeud avec en prime, ma personnalité de musicien qui fait que c’est peut être un peu plus tordu que ce qu’on pourrait attendre d’un truc frais et dancefloor. Il y a quand même beaucoup de fraîcheur dans ce disque. C’est assez ouvert, facile à appréhender, plus que ce que j’ai fait jusque là, sans avoir cherché à obtenir un vrai truc de musique de club. Je me suis arrêté juste avant ça. Mais ça ne sera pas non plus de la musique d’autiste. Je pense que j’ai trouvé un certain équilibre et ça a été jouissif de trouver cet équilibre. J’aime beaucoup les contrastes, il y aura des morceaux très durs et d’autres très légers pour les meufs. Ce sera 100% instrumental à l’exception d’un morceau avec TTC.


Est-ce que tu n’as pas peur de t’éparpiller avec tous ces projets ?

Je ne me prends plus trop la tête avec ça. J’ai compris qu’on me reconnaîtrait de toute façon dans mon travail. Parfois, les gens me disent « ouais j’ai été surpris par ce truc, j’ai été étonné mais c’est mortel ! Et on te reconnaît quand même ! » Du coup, j’ai l’impression que je peux expérimenter pleins de trucs et que de toute façon, on me reconnaîtra.


Peut-être que tu es arrivé à une étape où tu as un peu moins à prouver ?

Oui il y a un truc comme ça. Là j’ai l’impression d’avoir frappé des petits coups, en faisant des morceaux qui poussaient les limites des machines. Par exemple, à une époque j’avais envie de prouver au monde que je savais maîtriser les machines à bloc et c’est probablement le seul truc sur lequel je suis susceptible de me la raconter. Ce n’est même pas un truc artistique, c’est juste un truc technique et je sais que j’ai ce truc là. Jackson l’a aussi prouvé à la sortie de son album et de mon côté, ça m’a fait comprendre simultanément que ça ne m’intéressait pas de faire cette démonstration de force sur mon album même si j’aime beaucoup l’album de Jackson. Donc j’ai simplifié pas mal de choses dans mon album au fil des mois.
Pour le Ep « Clubhoppn », je savais que c’était un maxi plus sec, plus excité. Mais je suis fier de cet Ep parce que c’est pas simple de faire un morceau comme ça. Il est vraiment complexe, il va loin, je suis hyper fier de sa structure et aussi de sa bêtise. Maintenant, je n’en ferais pas 10 000 comme ça parce que ça me gonfle de ne faire que ça. J’étais content de pousser mes machines à bloc, j’étais très très en colère et très triste quand j’ai fait ce morceau et maintenant j’ai envie de revenir à des choses plus simples.


Tu fais une musique plutôt expérimentale, comment tu arrives à ne pas tomber dans le cliché de l’expérimentation pour l’expérimentation et garder une certaine spontanéité ?

Je n’ai jamais eu l’impression de faire de l’expérimental pour l’expérimental. Quand j’ai fait de l’expérimental, j’étais dans une période de ma vie qui était très très très overdrivée. Jusqu’à l’année dernière, je faisais mille choses à la fois. Il y avait trop de rencontres, c’est une période où je me cherchais. Donc à cette époque, quand je poussais mes machines à bout, c’était aussi une façon de me pousser à bout moi, d’exprimer un monde intérieur. Et par chance, j’arrivais à l’exprimer. C’était à la fois une volonté très romantique de mettre des mélodies qui touchent à l’enfance, à des tristesses et des joies hyper profondes et contredire ça avec une violence rythmique, une violence technologique la plus brutale possible. Et tout ça en cherchant allègrement les limites du mauvais goût. Sans pour autant que ce soit moche mais, à la différence d’Autechre, je n’ai jamais eu leur volonté de sérieux, de faire de la musique adulte comme eux.
Moi je fonctionne beaucoup à l’affectif et à l’émotion, du coup, je pense que c’est parce que c’est sincère que ça ne sonne pas trop expérimental pour l’expérimental. Après il y a forcément des trucs qui sonnent imitation mais tout le monde y est passé.


De toute façon, la création spontanée, partie de rien, ça n’existe pas vraiment…

Tout à fait et comme je le disais dans un autre interview, on n’invente rien tout seul. On continue les choses et on les fait à sa sauce. Ce qui compte, c’est surtout de faire les choses de manière personnelle. Moi ce qui me déprime le plus dans la production électro actuelle française, c’est le plagiat. Par exemple, ce que j’écoute le plus aujourd’hui, c’est quand même tout ce qui tourne autour de Drexciya et tous les dérivés. Il peut m’arriver de faire de la musique comme ça, avec des sons de 808 et de la synthèse soustractive mais je ne crois vraiment pas qu’on puisse l’interpréter comme un hommage. Je pense que c’est fait par moi, que ça passe pour ma moulinette à moi. Et je sais que je fais de la musique personnelle.


Quels sont les artistes électro qui t’intéressent ?

Je reste fasciné par l’ultra technologie. Je trouve que c’est quelque chose qui exprime le monde contemporain d’une façon très intéressante. Le remix que j’ai fait pour Ellen Allien avec Tacteel (NDLR : « Down » à venir) va très très loin dans ce délire. Pour ce qui est de la musique électronique, j’écoute énormément de choses et pas grand-chose à la fois. Je peux écouter Autechre toute une journée parce que je trouve ça beau à pleurer même si je peux pas blairer ces mecs. J’adore de la même façon Aphex Twin ou Squarepusher. J’ai une grosse fascination pour toute cette école anglaise qui pousse le truc à fond. Après dans les sorties actuelles, je ne fais pas vraiment attention parce que quand je me lève le matin, je préfère écouter Chopin et Beethoven. Je suis toujours en retard sur ce qui sort et c’est un peu volontaire. En fait, j’écoute plutôt des choses ludiques. J’aime bien ce délire de rap de mongol qu’on a dans le sud des Etats-Unis, genre D4L ou Trap Squad . C’est hyper bien parce que c’est tellement con, c’est tellement des flows de merde avec des instrus minimaux, un son de basse et une 808. Et je trouve ça jouissif de revenir à des trucs primaires. C’est plus facile de dire ce que j’aime dans le rap qui est la musique que j’ai écouté toute ma vie parce que dans l’électro, j’écoute tellement de choses pour m’inspirer, travailler ou faire autre chose que ça va vite faire étudiant en lettres qui écoute Boards Of Canada chez lui en croyant qu’il est poète ! Mais au final, les vrais trucs que j’écoute le plus, c’est de la musique classique.


Rétrospectivement, comment est ce que tu analyses le succès de TTC qui était quand même à l’opposé des clichés rap de l’époque et qui s’est imposé dans un milieu hip hop très codifié voire conformiste ?

Au départ, il faut dire ce qui est : c’était plutôt un anti-succès. Il y avait quelques dizaines de personnes à Paris qui appréciaient le truc mais beaucoup de gens qui critiquaient. Je me souviens encore quand le premier TTC est sorti (NDLR : game over 99), les gens me le faisaient écouter en disant « écoute ce truc comme c’est pourri ! », sans savoir que j’allais faire partie du groupe plus tard. Mais à l’époque, dans le rap US underground, il y a eu tout une vague de gens qui ont commencé à assumer leur culture nerd avec Company Flow, Cannibal Ox etc.
Aujourd’hui, je suis un peu dépassé. Depuis « Bâtards Sensibles », je n’ai plus vraiment le recul nécessaire vu que j’ai produit 7 morceaux dessus mais je crois que c’est tout simplement un bon disque et qu’il est logique qu’il ait plu aux gens, sans vouloir trop me la gonfler. TTC a une bonne attitude qui parle à toute une génération de gens qui ont envie de s’approprier les codes du hip hop ou de la musique électronique, sans barrières. D’une certaine manière, je comprends qu’à 19 ans, on puisse réellement apprécier TTC et tous les groupes amis qui en découlent, l’écurie Ed Banger, l’écurie Institubes, Feadz. Moi je comprend qu’on puisse être passionné par cette vague parce que c’est vraiment de la bonne musique. C’est vraiment l’expression d’un truc qui se passe aujourd’hui et pas avant. C’est vraiment le reflet de son époque. Ce n’est pas l’expression d’une espèce de nostalgie pourrie, d’un truc des années 70 dans lequel sont enfermés la plupart des rappeurs français. Teki lui, est une tête chercheuse totale, qui sait prévoir les tendances futures. C’est un truc de dingue au point qu’un styliste à côté de lui serait dans la merde ! Il est capable de prévoir ce que les gens vont porter dans 6 mois, il est vraiment connecté au monde et c’est très impressionnant. C’est ce qui fait partie de son génie. Je pense réellement que c’est un génie et je ne pense pas ça de beaucoup de gens.
Depuis « Bâtards Sensibles », je considère qu’on est vraiment en phase avec notre public. A l’époque de « Ceci n’est pas un disque » et plus encore pour L’Atelier, on s’est retrouvés face à des gens qui n’écoutaient pas cet album pour les raisons pour lesquelles on l’avait fait et c’était un peu gênant. Il y a eu une espèce de malentendu sur la musique de TTC qui est réparé aujourd’hui.


On a l’impression que l’arrivée de TTC a pas mal décomplexé tous les jeunes ados blancs qui écoutaient du rap et qui ne se reconnaissaient pas forcément dans l’imagerie racailleuse ou gangsta ?

Ca, c’est un problème qui s’est réglé il y a longtemps aux Etats-Unis mais en France, je crois qu’il y a un problème social qui fait que si une musique vient d’un milieu, elle doit rester dans ce milieu…

C’est peut être aussi lié au fait que le rap est une musique très politique et qu’en France, on a beaucoup réduit cette musique à son message…

Oui, c’est assez compliqué d’expliquer toutes les raisons et au final, est ce que ça a vraiment un intérêt ? Aujourd’hui, c’est énervant de se dire que c’est du rap pour que les blancs puissent écouter du rap mais de fait, on a du se construire ce truc parce que sinon, on aurait été obligé de se conformer à un truc qui nous correspond pas. Moi ça m’aurait gonflé de m’habiller avec une casquette Lacoste et de mal parler exprès. Et pourtant je défie quiconque de me traiter de bourgeois quand je sais ce que j’ai vécu. Mais j’ai pas besoin de parler des conneries que j’ai faites pour être admis dans le rap. Ca me fatigue ce genre de mentalité.


Justement, avec votre succès, j’ai l’impression qu’il y a toute une vague de groupe de rap qui sont un peu dans le même délire et qui cherchent à vous clasher ? Ca vous fait réagir ?

Non mais tu peux clasher de façon saine et de façon pas saine. Ca fait partie un peu de toute la problématique du rap avec les Beefs aux Etats-Unis etc. On dit que ça fait avancer le truc… super. Moi de toute façon, je ne suis pas trop concerné vu que je ne suis pas un MC. Du coup, ça ne me vexe pas spécialement. Juste, ça me fatigue un peu de lire des insultes laissées sur le net. Personnellement, je l’analyse comme de la jalousie mais si les gens sont tellement gênés par l’existence de TTC, ils peuvent économiser un peu et se payer un psy comme tout le monde.
On est de toute façon un groupe facile à critiquer parce que les textes exagèrent énormément les situations. C’est par exemple très facile de dire que TTC est un groupe misogyne. N’importe quel attardé mental peut le faire vu que le disque se présente en disant « Salut je suis un disque et je vais mal parler des meufs ».
Après concernant les critiques sur la crédibilité émanant du milieu du rap, ce sont des histoires inventées en grande partie par des gens qui ne connaissent rien au vécu des membres de TTC, de ce qu’ils ont vécu au plus profond d’eux. Orgasmic, Tacteel et tout les autres sont des gens qui ont une intériorité impressionnante et qui sont très riches humainement. C’est un groupe qui est hyper soudé et hyper fort et être résumé à du rap de bobo, je trouve ça désolant.
Et sur ces histoires de crédibilité, de savoir qui était là avant l’autre, moi je les encule tous, j’étais là avant tout le monde tu vois, t-o-u-t l-e m-o-n-d-e. Tacteel, Tido aussi. Je faisais du son que ces mecs n’avaient même pas encore écouté de rap de leur vie et en étaient encore à écouter Dr Alban. Sérieusement, j’hallucine là-dessus, d’entendre ce genre de truc alors que je sais que je les mets tous à l’amende.
Quand tu vois le succès que ça a aujourd’hui en France TTC, quand tu vois le nombre de gens aux concerts, le nombre de jeunes qui vivent par et pour TTC, on voit bien que ce groupe a accompli quelque chose en France. Et peu de gens les ont aidé à le faire. C’est bel et bien CONTRE quelque chose que TTC a gagné. C’est comme quand Daft Punk est arrivé alors que les gens avaient honte de danser sur de la musique répétitive. Eux ils ont réussi à trouver l’astuce pour inviter les gens du rock à venir danser là-dessus. A l’époque, la techno était considéré comme beauf ou commerciale. De la même manière, il n’y avait pas de place pour le genre de rap que faisait TTC et cette place, c’est nous qui l’avons créée. Je suis hyper fier de ça et je pense que Teki a de quoi être fier de ça.


Bon pour finir, au niveau du 3ieme album de TTC, ça s’annonce comment ?

C’est prévu pour le printemps. On a épuré énormément donc on est arrivé à un rap beaucoup plus simple, plus direct et je suis hyper content de cette direction. On a moins de choses à prouver et ça se sent. Ça va commencer à être plus légers et je trouve ça très bien. De la même manière que Outkast réussit à se renouveler à chaque album, TTC se contredit dans une certaine continuité et ça me plait pour le futur.



Interview réalisée par Clems®

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