Vous avez eu un succès relativement rapide, 2 ans de buzz relayé par smagghe ou chloé : qu’est ce que cela vous inspire ?

Julien : En réalité, ça fait longtemps qu’on fait de la musique. Avant je gérais mon label, BRIF RECORDS et Loic, parallèlement avait son boulot à côté. J’étais cependant moins impliqué dans la musique au quotidien que ce que je peux l’être aujourd’hui et c’est vrai que si il y en a pas au moins un des deux qui est là pour gérer ça peut pas vraiment fonctionner. Mais il y a 3 ans, j’ai arrêté mon label et on a commencé vraiment à s’y mettre. Et en général, quand tu t’acharnes vraiment sur un truc, ça finit par payer. Je pense qu’on était prêt tout simplement. On n’était pas des jeunots.


Vous avez commencé par faire du rock… qu’est ce qui vous a fait passer du rock à la techno ?

Loic : c’est vraiment une évolution naturelle. Quand on s’est rencontré avec Julien, on a commencé dans des schémas très classiques basse-guitare-batterie puis on a rajouté des machines puis on s’est retrouvé plus que tout les deux à faire de la musique donc on a commencé à utiliser les machines d’une façon plus évidente. Avec Julien qui avait son label, on s’est mis à incorporer de l’electro dans ce qu’on écoutait. Donc tout ça fait très naturellement sans non plus se dire qu’on allait faire que ça. C’était juste qu’on avait des machines et à force le son s’est retrouvé ave plus de boites à rythme que de batteries !


Justement, votre son : comment le définiriez vous ?

Julien :on nous colle souvent l’étiquette minimale allemande alors qu’à mon avis, ce n’est pas vraiment ça ce qu’on fait. Il y a nos influences hip hop ou rock qui entrent en compte. On a une approche un peu plus « punk », moins cadrée que des mecs qui font tout sur laptop (NB : ordi portable). C’est d’ailleurs notre matériel qui est en grande partie responsable de notre son. C’est du matériel que peu de gens utilisent donc ça aide. On utilise beaucoup de vieilles tables des années 60 et assez peu d’émulateurs. Ce sont des machines assez coûteuses mais en même temps ça nous change complètement la vie ! Quand je vois des mecs qui font du bon son avec uniquement un ordi, quelque part, je les admire. Un mec comme Isolée le fait et je ne sais pas du tout comment il fait ! Nous on n’utilise pas de programmes pour produire les sons. On ne fait que du traitement par ordinateur

Loic : c’est vraiment notre particularité d’utiliser ces machines mais maintenant, ce n’est pas qu’on pense que c’est mieux ou moins bien. C’est juste qu’on était des fans de guitares et de batteries et qu’on a que des vieilles guitares, des vieux synthés et des vieux amplis, c’était très naturel pour nous de servir de ces instruments là. On s’y retrouve plus parce qu’on reste des amoureux du bois.


Est que vous pouvez un peu nous parler de votre album à venir ?

Julien : Il est au trois quart fini et devrait sortir à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine. On a essayé vraiment de se lancer dans autre chose. Garder la puissance basique et dancefloor mais en amenant aussi d’autres choses sans pour autant tomber dans le cliché du mec de techno qui veut faire un album pour la maison et qui sort quelque chose de décevant. Il n’y aura que des inédits, à la rigueur un ou deux morceaux qu’on connaît déjà.


Est-ce qu’il y aura des collaborations extérieures ?

Il y a Chloé qui va faire un morceau avec nous, Cosmo Vitelli qui a le studio juste à côté et puis ça devrait être tout. Au début, on s’était dit qu’on demanderait à des chanteurs et puis ça allait être galère et on s’est dit qu’on irait plus vite en chantant nous même.

Loic: au début on n’avait pas une véritable idée de ce qu’on allait faire de cet album. On est parti dans les schémas qu’on connaissait déjà, qui étaient liés au maxi et qui étaient donc assez dancefloor. Puis on s’est rendu compte que si on faisait un album comme un maxi, avec 12 tracks uniquement dancefloor, on allait faire chier les gens à force. Donc sur la majorité de l’album, ça va être des formats assez courts, avec des voix, ce qu’on ne faisait pas avant. C’est peut être un peu plus organisé comme des chansons pop mais en même temps on a pas envie de rentrer dans des formats établis. Ce sera le son Tekel mais une façon de le faire très différente de d’habitude.


Est ce qu’il est difficile, selon vous de faire un bon album electro ?

Julien: Bof… electro, ça n’a pas vraiment de sens. Quand tu es dans l’electro pur, ce qui est dur, c’est de se dire que ta musique ne va pas servir à la même chose que celle sortie en maxi. Nos expériences précédentes dans d’autres styles de musique nous aident beaucoup. Il y a des mecs qui se sont sérieusement bananés en cherchant à faire un truc pour la maison et au final, ça finit avec un truc mélodique horrible… Nous on s’est demandé ce que les gens aimaient chez Tekel. On a essayé de garder notre énergie et de l’habiller avec des choses innovantes.


Si on regarde un peu votre discographie, vous avez rarement remixé d’autres morceaux et réciproquement, vous vous êtes fait rarement remixés. C’est quelque chose qui ne vous attire pas ?

Julien : On s’est fait remixé Kolony et aussi Lipposuck par Robag Wruhme . C’est d’ailleurs un remix dont on est super content. Mais tout ça, c’est un peu comme les featuring. Pour nous, il faut que ça tombe sous le sens, que tu connaisses la personne, que ça le fasse, sinon ça n’a pas grand intérêt. Si c’est pour aller chercher un mec et le payer 10 000 balles pour un truc dont il a rien à foutre, moi ça m’intéresse pas.
Après on a quand même remixé Delon & Dalcan, Kiki & Silversufer, Play Paul. Là on va remixer un morceau de Metope à sortir sur SENDER, on va faire aussi un truc pour Tim Paris et prochainement un remix pour Savas Pascalidis.

Loic: On va aussi remixer bientot un groupe de rock. C’est une collaboration un peu étonnante pour un maxi qui sortira avec aussi un remix de Cosmo Vitelli.

Julien : Il faut dire qu’on ne copine pas trop non plus ! On ne traîne jamais dans les teufs pour rencontrer des gens donc du coup c’est seulement quand les mecs de labels nous appellent de temps en temps pour nous proposer des collaborations. On trouve plus intéressant de faire de la bonne musique et d’attendre que les gens viennent te chercher même si prend plus de temps plutôt que de remixer à tout va. Franchement le remix, c’est pas notre plus grand kif, ça se fait souvent plus pour une question d’argent qu’autre chose. Peut être que si on me demandait de remixer plasticman, je serais excité mais à part ça… En fait, pour moi c’est un un peu un exercice un peu con.

Loic : C’est un peu comme les reprises de rock ou autre. C’est toujours compliqué d’aller remixer un morceau que tu aimes parce que si tu l’aimes, c’est évidemment parce que tu le trouves parfait donc après c’est difficile d’y rajouter sa patte. Et quand tu réfléchis à ça, c’est quand même très rare de trouver une très grande reprise.

Julien : J’ai bien aimé la démarche de Robag Wruhme quand il nous a remixé. Il a seulement gardé quelques éléments de l’original pour recréer un morceau totalement inédit. De toute façon pour moi, le remix, c ‘est plus un alibi pour inviter quelqu’un sur un disque.


Vous faites énormément de live…

Julien (il coupe): Pas énormément. Justement, si il y a bien un truc que j’aimerais développer c’est cet aspect là. Par rapport au buzz dont tu parlais, par rapport aux retours qu’on a sur notre musique, je trouve qu’on ne joue pas énormémement. On s’est pris la tête pour faire des performances live qui fonctionnent et maintenant, on aimerait bien exporter le truc un peu.


L’année dernière à la Vilette (NB septembre 2004), vous aviez été impressionnant. Vous réussissez vraiment à rendre le show vivant et c’est rare de voir des bonnes performance live en techno…

Julien : On s’en souvient et d’ailleurs ça reste un de nos meilleurs souvenirs de live. C’est la fois où l’ambiance était la plus chaude avec le Tryptique et le Rex. Mais tout ça, ça dépend vraiment de la salle dans laquelle tu joues. Le son rend jamais pareil et certaines fois on s’est pris des vents inimaginables à cause de ça ! Dernièrement, on a joué en Belgique pour le festival de Dours dans une salle immense mais au final, il n’y avait pas un rat et le son était faible donc l’ambiance était pourrie. Ce qui fait aussi que ça rende bien, c’est qu’on fait tout à la main et rien à l’ordi. Tout est analogique comme en studio et c’est clair que c’est plus marrant à regarder qu’un mec qui tripote une souris pendant 3 heures


Et ça vous arrive de temps en temps de se produire en tant que Dj ?

Loic : En fait je ne sais pas caler un disque

Julien : Nous on veut bien aller mixer pour Renault, pour 50 000 balles, ce genre de plans où il suffit juste d’enchaîner les disques mais après ce qui est d’aller dans un endroit où les gens attendent un bon truc, on ne saurait pas le faire.

Loic: Moi je suis assez étonné de voir un mec comme Ivan faire des sets vraiment fabuleux sans être vraiment producteur au départ. Le deejaying, c’est quand même quelque chose de très particulier. Tu mixes des disques qui ne sont pas à toi et tu fais monter l’ambiance comme ça autour de toi. Ça me rend admiratif bien que ça ne m’attire pas

Julien : Je crois que j’aurais du mal à être à fond quand ce n’est pas ma musique. Quelque part, je ne me sentirais pas légitime de le faire. Je ne dis pas que les Dj ne le sont pas mais je préfère arriver avec mon propre matos et si ça le fait, au moins, c’est mon truc.


Vous avez joué beaucoup à l’étranger ?

Loic : On joue plus à l’étranger qu’en France et c’est vraiment en Allemagne où on a le meilleur feedback. On va jouer au WMF d’ailleurs d’ici quelques jours (NB : l’un des meilleurs clubs de Berlin). En France, c’est très segmenté et puis il faut pas se leurrer, la scène à laquelle on nous cantonne, n’a du succès véritablement qu’à Paris. Quoiqu’on a été très agréablement surpris par l’accueil qu’on a eu quand on est descendu à Montpellier. Plusieurs mecs sont venus nous dire qu’ils adoraient ce qu’on faisait et ça nous a fait très plaisir.


Et là, vous allez rejouer à Paris dans les mois à venir ?

Julien: On fera sûrement une scène mais rien de plus. On se remettra à tourner vraiment à la sortie de notre album. D’ailleurs on n’ a pas vraiment commencé à y réfléchir mais il faudra qu’on repense totalement notre configuration pour jouer cet album en live car on ne peut pas le faire avec notre config actuelle.

Loic : On aura du mal à jouer notre album en boite donc si ça se fait, ce ne sera peut être pas en boite et dans ce cas là il faudra nécessairement qu’on repense totalement notre live.


Comment se passent vos rapport avec votre label Initial Cuts dont vous avez sorti plus de la moitié des références du label?

Loic : En fait le label à la base a été monté parce qu’on avait des morceaux à sortir et parce qu’on a rencontré les mecs du label qui souhaitaient monter Initial Cuts et sortir nos morceaux. Après, il s’avère que ce sont des mecs que l’on apprécie humainement et professionnellement donc on a pas spécialement envie de partir car ils ont toujours été ouvert sur ce qu’on leur a proposé. Pour l’instant, je ne me vois pas ailleurs et de toute façon on n’en voit pas la raison. Ils nous laissent faire la musique que l’on veut. Ils n’ont pas d ‘exigences particulières si ce n’est produire de la bonne musique et c’est qu’ils font avec nous. Nous, de notre côté on est content parce que on a pas des contrats où ils nous ont mis des menottes. Donc tout marche très bien.

Julien : Il faut savoir aussi qu’ils aimeraient bien avoir d’autres artistes que Tekel mais ils ont du mal à trouver des gens de qualité. Ils aimeraient bien avoir une petite écurie de 3,4 artistes mais pour l’instant, ils n’ont pas encore trouvé les artistes à signer.


Vous avez sorti pas mal de maxi au cours des 12 derniers mois, quel est votre favori ?

Julien (rapidement) : Pour moi c’est Ridvo même si Celeri Rave avait été mieux produit

Loic : J’ai du mal à dire parce que ce n’est pas des choses que je réécoute régulièrement mis à part en live. J’aime bien quand même Snake Tartare parce que le son défonce même si sur l’ensemble des productions, je préfère la manière dont on a abordé Ridvo.


D’ailleurs expliquez moi un peu votre délire avec vos noms de maxis qui font tous référence à la bouffe !

Julien : On a un sens de l’humour très pourri !

Loic : En fait, on adore bouffer et on adore faire la cuisine ! Bon et surtout, on ne se prend pas spécialement au sérieux et on a pas très envie d’avoir des noms de morceau qui ressemblent à rien type « electric night » juste parce qu’on est des gars qui produisent de la musique electronique. Nous notre truc, c’est de faire des jeux de mot qui fonctionnent bien genre « Celeri Rave » ou « Snake Tartare ». « Cif » ou « Vladivostok », ça n’a aucun sens particulier non plus et ça n’a aucune importance. De toute façon, ces morceaux, c’est pour le dancefloor donc c’est juste fait pour faire danser les gens. Les gens ne connaissent pas le nom du morceau !

Julien : De toute façon, on donne des noms à la volée et dès qu’on a fini un morceau, on fait un concours de celui qui sortira la plus grosse connerie donc des fois on se retrouve avec des noms bizarres…

Loic : Par exemple, on vient de finir un morceau qui s’appelle « Merleau-Ponty », le précédent s’appelle « Simone Garnier »…

Julien : Comme tu peux le voir, il y a différentes vibes. Il y a le côté jeu de mot, le côté cuisine, le côté stars moisies !

Loic : Les gars du label trouvaient que « Ridvo », c’était un peu cheap (NB : « Ris de Veau » pour ceux qui n’ont pas compris…). Du coup ils sont pas super chaud pour un jeu de mot pour le nom de l’album !



Interview réalisée par Clems®

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