Samedi 02 juillet 2005

Le festival est à peine inauguré depuis la veille que les choses sérieuses commencent déjà. On se rend vite compte qu’est-ce que « guichet fermé » veut dire ! Ce soir, tous les fans de stoner débarquent en force de toute la Suisse plutôt alémanique et de France voisine. Les rives du Léman si tranquilles d’habitude prennent un sérieux coup de jeune. Le Miles Davis Hall, salle à taille humaine permet au public d’être suffisamment proche des artistes pour créer une ambiance entre concert privé et club. L’affluence exceptionnelle de ce soir aura néanmoins obligé les organisateurs à dresser des barrières pour contenir l’énergie rock de la nuit. Le public nombreux mais un peu long à la détente a été tout d’abord chauffé progressivement par les Eagles of Death Metal. Ce groupe de quadras commencent par nous faire une peu peur avec des reprises de vieilleries rock sans personnalités. Puis heureusement à la moitié de leur prestations ils décident de passer à la vitesse supérieure et de donner à tout le monde ce que chacun était venu chercher. Il est 23h et la nuit bascule enfin dans un rock éclatant de puissance.

Les vingt minutes nécessaires à la mise en place des instruments des Queens of the Stonage ne changeront rien à l’état d’esprit détonant. Dès les premières notes on aura le droit à un festival de pogos et slams devant les barrières ! Le groupe nous jouera tous ses anthems avec une préférences à ceux issus du dernier album « Lullabies to Paralyze ». Les paroles des titres sont sur toutes les lèvres, les moins intrépides frétillent sur les rythmes frénétiques des quatre Reines tandis que les autre se font porter haut dans les airs…

Pour ceux qui n’ont pas envie de rentrer auprès les concerts et de prolonger la magie de Montreux jusqu’au bout de la nuit, c’est au Jazz Café qu’il faut rejoindre tous les irréductibles fetards. Ce qui est considéré comme le club du festival dans l’enceinte même Casino est devenu depuis plusieurs années un passage estival obligé des plus grands djs. On se rappellera longtemps des sets d’anthologie de Miss Kittin & The Hacker accompagnés de Vitalic au plus fort de la vague electroclash. La danse a été lancée la veille par un des djs-producteurs-remixeurs les plus doués et sympathiques, Jack Lu Cont. Ce soir, c’est au tour de Dj Hell, patron de l’écurie berlinoise Gigolo de nous envoyer ses dernières bombes electro. L’ambiance sur le dancefloor sera à la hauteur de son set même si l’ont peut regretter son éternel apathie derrière les platines.

Une très belle ouverture donc, à la hauteur de la qualité de ce festival. La nuit se terminera au petit matin, avec un levé de soleil magnifique sur les eaux calmes du Léman. On ne connaît effectivement pas beaucoup de festival bénéficiant d’un cadre aussi somptueux que cet écrin d’ondes et de cimes.


Lundi 04 juillet 2004

Peu de place réservée aux musiques électroniques cette année à part cette soirée d’aujourd’hui inscrite en majuscules sur les agendas de tous les fans d’electro. Comment manquer la venue des quatre magnifiques Kraftwerk, les papes initiateurs dès les 70’s du mouvement électronique ! Encore une des plus belles affluences ce soir, tout le monde est là à l’heure, impatient, tourné vers la scène, les yeux grands ouverts fixés sur ce grand rideau noir. Les lumières faiblissent, le premier son retentit et le public laisse exploser son exultation ! On est tout d’abord saisi par l’étonnement de voir ces quatre hommes d’un certain age, vêtus de costumes noirs, debout immobiles derrière leurs laptops. Est-ce cela le show qu’on a attendu toute l’année ? Le scepticisme initial est oublié dès les premières minutes. On est vite subjugué par la modernité que leur musique a su garder et par les vidéos hallucinantes projetées sur l’énorme écran. C’est donc à un magnifique spectacle auquel nous avons assisté, ne pouvant nous empêcher de danser hystériquement sur Radioactivity, Trans Europe Express, Autobahn,… On ne gâchera pas trop la surprise de ceux qui n’ont pas encore eu la chance de les voir en disant qu’à un moment le groupe qui scande « We Are The Robots » est évincé par quatre robots prenant leur place derrière les laptops. Effet garanti ! Ce concert restera un grand moment pour tout amateur de musiques électroniques et c’est après plus de deux heures de bonheur et de multiples rappels qu’on laisse finalement s’envoler la magie Kraftwerk pour la retrouver très vite dans nos iPods et autres accessoires digitaux. Nous aussi nous sommes les robots !

Il est minuit ce lundi soir et on n’a aucunement envie de prendre la direction de nos lits. Ca tombe bien car juste en dessous au Jazz Café se prépare un des dj sets les plus explosif du festival. A qui doit-on cette performance ? Au meilleur des djs français du moment, acclamé dans toute l’Europe, l’icône du Pulp, le messie des dancefloors, Ivan Smagghe. Quel plaisir de retrouver l’agitateur de nos nuits parisiennes dans ces contrés helvethes qui semblent presque même le bonifier. Il faut dire que cela fait maintenant longtemps qu’il a l’habitude de jouer à l’exterieur, invité dans les meilleurs soirées et festivals européens. Il n’a pas rechigné devant les kilos de ses fly cases truffés de ces dernières irrésistibles trouvailles. Il n’a effectivement pas d’équivalent pour dénicher bien avant tout le monde le futurs bombes electro. Il commence fort avec un remix de son cru du déjà surpuissant « Flesh & Bone » de The Hacker qu’il signe sous sa casquette Blackstrobe. On nous annonce cette bombe pour la rentrée et on peut vous dire qu’elle a passé haut la main le test du dancefloor !


Mercredi 06 juillet 2005

Ce soir, pas de doute la soirée est 100% « retour du rock » comme titre récemment les Inrocks dans un indispensable hors-serie. Le programme est séduisant puisqu’il réunit pas moins que The Others, The Bravery et Kasabian. On commence par le groupe que l’ont connais moins de trois, les londoniens de The Others. La dernière sensation du moment, découverts par Pete Doherty lors de petits concerts anarchiques organisés dans des pubs, scènes confidentielles ou même sur le fameux passage piéton de Abbey Road. Maintenant c’est sur la scène d’un des plus prestigieux festivals qu’il se retrouvent directement propulsés, un peu malgré eux. On sent effectivement le chanteur Dominic Masters presque gêné d’avoir brûlé si vite les étapes entre l’anonymat la plus complète et cette consécration. Personnellement nous n’avons pas été réellement convaincus par leur musique, un peu trop linéaire, sûrement un petit peu impressionnés Par contre, l’attitude nonchalante et sympathique de Dominic ne peut que séduire. On comprend facilement pourquoi ils sont aujourd’hui « la coqueluche de l’ère post-Libertines du public britannique ».

A suivre, The Bravery, le groupe New-Yorkais qui fait pas mal parler de lui ces derniers mois. On arrive vierge de toute écoute, surtout pour cause de mauvaises critiques de nos confrères rockeurs de papier, grands pretres des tendances. On voit arriver sur scène cinq garçons dans le vent, lookés rockabilly et coiffures surtravaillés. Notre scepticisme ne tiendra pas plus que les premières mesures, on se sent tout de suite pris d’une fulgurante envie de danser ! The Bravery va surement devenir un des groupes de rock préférés des clubbers, de tous les amateurs de beats electro curieux de voir ce qu’on arrive à faire avec des guitares. Si certains journalistes utilisent pour parler d’eux des adjectifs comme putassiers, irritants, prévisibles, nous on préféra énergiques, frais, festifs, électrisants. Sûrement une des meilleures surprises du festival pour nous pauvres danseurs de clubs.

La danse continue avec la tête d’affiche de la soirée, les anglais Kasabian. Leur son revival Manchester composé de guitares acides est entraînant et donne effectivement l’envie de danser surtout sur leur deux gros tubes LSF et Club Foot. Pour le reste, on a été légèrement déçu par un manque de pêche et un peu trop d’uniformité. Le meilleur morceau restera finalement leur U Boat planant et au lyrisme émouvant proche de du meilleur de Death in Vegas. Voilà peut-être une piste intéressante à suivre pour leur prochain album pour leur permettre de trouver un singularité de plus en plus difficile à l’heure ou les groupes à guitares fleurissent un peu partout.


Jeudi 07 juillet 2005

Les organisateurs ont intitulé cette soirée la Bright Night, à posteriori on aurait plutôt choisi la Anthony’s Night. Depuis le début d’année, ce prénom est pour beaucoup synonyme d’un des tous meilleurs albums qu’on a eu l’occasion d’ecouter ces derniers temps, Anthony & The Johnsons « I am a bird now ».

Mais avant ce grand moment, on a eu droit à une très belle surprise avec la prestations de The Dears. Ce groupe qui nous vient de Montréal nous a joué une musique vraie et touchante, sachant monter en régime quand il le faut. On a sauté sur leurs albums dès le lendemain et on ne saurait trop vous conseiller d’en faire de même.

Vient ensuite ce qui restera pour beaucoup le paroxysme du festival avec le concert émotion de Anthony & The Johnsons. Depuis la première écoute de son dernier album nous n’avions qu’une hate d’assister à un de ses lives. Nos recherches sur cet artiste discret nous ont amené à lire des lignes de fans transcendés suite à un de ses rarissimes concert. La voix unique d’Anthony sublimées par son piano et les cordes de ses Johnsons nous touche au plus profond de nos êtres. Cette musique nous rappelle que nous sommes humain, réveillant nos émotions et mettant à vif nos souffrances. Mais elle sait également guérir dans un second temps si on sait se laisser transporter par la beauté d’une telle œuvre. Dès les premières notes, on sent monter dans la salle une ambiance proche du religieux. Le Miles Davis Hall se transforme soudain en lieu de culte où Anthony serait un prêcheur chantant. Le grand bonhomme un peu maladroit et timide aura besoin de plusieurs morceaux pour se sentir à son aise. Ses musiciens n’ont d’yeux que pour lui avec un regard qu’on réserve aux petits enfants qu’ont chéri. Du coté du public, pas un mot pas un souffle ne vient troubler l’émotion que tout le monde partage dans une communion de plaisir. Anthony respire enfin, il détourne ses yeux du piano pour nous regarder, son regard aussi tendre que sa voix. Il s’adresse ensuite à nous pour nous demander de chanter avec lui transformant son public en chœurs vibrant. Difficile après de tels moments de laisser partir cet artiste qui nous aura tant donné, nous lui donneront une ultime ovation.

Difficile de succéder à Anthony, les programmateurs ont choisi de laisser cette lourde tache à The Faint. Le public encore sous le charme a eu beaucoup de mal à se mettre en mode dancefloor. C’est en effet dans les clubs que leur musique prend toute sa dimension, celle de la danse, de la folie, des explosions de décibels. Notre nature de clubber n’a pas tardé à resurgir même si nos hystéries se trouvaient un peu isolées au milieu d’une affluence plutôt frileuse.

Pour clôturer la nuit, les musiciens précédant reviennent accompagnés de plusieurs autres pour jouer avec la tête d’affiche Bright Eyes. Sans doute la plus grosse déception du festival pour ce Bright Eyes qu’on sent traumatisé par on ne sait quoi. Sur la défensive, la tête dans sa capuche, le visage caché par ses cheveux, il finira par casser un bonne partie des instruments de l’orchestre. Dommage de finir une si belle soirée sur cette note amère.


Samedi 16 juillet 2005

Dernier soir qui finira dans une grande fete offerte par les incontournables 2manydjs. Arrivés juste un peu tard pour le concert de M83, on est déçu d’avoir rater cet artiste qui nous a offert un des meilleurs moments du festival barcelonais Primavera Sound. On arrive juste à temps pour assister à 2manydjs version rock sous leur formation Soulwax. Une belle prestation qui a légèrement évolué depuis leur début avec des versions « dancefloorisées » de leurs morceaux. On retrouve l’énergie electro et l’art du mixe des 2many qui vient ce rajouter à ces rythmes stoner. On attend avec impatience la sortie de leur prochain album mixé qui devra justement reprendre leurs titres en Nite versions.

Viennent ensuite les Death in Vegas qui ont un peu perdu de leur superbe suite aux petits problèmes qu’ils ont récemment eu avec leur maison disque. Pour rentrer dans leur musique il faut se laisser aller complètement, certain ferment les yeux, d’autre laisse se perdre leur regard dans le vague. Une fois cette état de contemplation atteint, les envolées lyriques vous propulsent dans une douce extase. On a juste regretté qu’ils n’aient pas joué plus de leur album phare Scorpio Rising.

Ensuite, quoi de mieux pour clôturer le festival qu’une bonne soirée de folie à la 2manydjs ?! Le Jazz Café avait déjà été bien enflammé par les ex-suisses neo-new-yorkais de A Touch of Class et le grand Trevor Jackson (admirez son Tshirt New Order sur les photos !). David et Stephen ont été grands, très grands ce soir ! On ne les avait pas vu depuis Sonar 2004, ils ont réussi à garder leur style irrésistible tout en changeant tous les morceaux de leur set. Comme a chaque fois ils ont complètement électrisé la salle, l’hystérie globale n’a pas mis longtemps à envahir tout le monde. On a vu entre autre un allumé nous envoyer des stage-diving d’anthologie, deux groopies belges afficher haut les couleurs des deux frères Dewaele… Cette douce folie à duré jusqu’à la fin de la nuit finissant sur des grands sourires une très bonne édition d’un très grand festival. Le rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine, la 40ème édition du festival aura lieu du 30 juin au 15 juillet 2006.

- jerome