On dirait qu'on s'emporte comme ça mais en réalité pas du tout. SKYLAX est un tout jeune label (dont nous avons déjà parlé dans la playlist #7 mais aussi de son prédécesseur Parisonic/Square roots dans la #4) dont le but est de proposer des réeditions de oldies house ainsi avec une version remixée par un producteur actuel. Alors que la musique électronique ne compte plus les revival, SKYLAX tape donc en plein dans le mille avec son concept.

Mais bien loin d'une hype réchauffée, le label s'adresse surtout aux connaisseurs et plus curieux d'entre nous. Ceux qui connaissent leurs références ou ceux qui rêvent de les découvrir.

C'est donc avec plaisir que nous avons interviewé Joseph, moitié de Hardrock Striker et donc fondateur de SKYLAX.

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Joseph, raconte nous un peu ton parcours…

J’ai monté PARISONIC en 1999 avec un ami américain, Peter Black avec déjà l’idée de dénicher des raretés. Je commence à bien m’immerger dans le truc et à bien connaître les mecs. 4 années passent et après 15,16 sorties, je décide d’arrêter PARISONIC pour me lancer dans SKYLAX. Et j’ai donc poursuivi cette réédition parce qu’à chaque fois, j’avais des réactions positives. Les mecs étaient super content de tomber sur ces morceaux, ces rare grooves qui étaient des vrais rare grooves comparés à la multitude de compilation de funk pourries qui sortaient. Plus je creusais, plus je m’apercevais que les mecs Dj, même les plus connus ne connaissaient pas forcément tous ces morceaux.
Parallèlement, je faisais parti du projet Clashcorner qu’on a du arrêter pour une question d’ego…

Comment t’es venu le concept de réédition ?

Je creusais, creusais, creusais pour connaître un peu cette musique et je suis tombé sur des trucs de TRAX (NDLR: Trax records le label). Au début je suis tombé sur les hits mais je trouvais finalement que c’était un peu bof. Le son était un peu trop old school et puis après j’écoute les faces B, les faces alternatives et là je me dis « ah ouais mais la face B est bien meilleure ». Et puis tu creuses encore et là tu t’aperçois que la face B2 est encore meilleure parce qu’il a juste mis une loop acid parfaite. Et finalement c’est exactement celle là qu’il faut sortir. Donc au final, je me suis dis « ok la face A, les tubes, tout ça je vous les laisse mais la face B2, celle là je la prend et je vais la ressortir ». Juste telle quelle, parce qu’elle est déjà nickel et super jouable. Il suffit juste de la remasteriser un peu et le mec qui va la jouer va être super content parce qu’il va avoir une super loop et en plus comme c’est old school ça donne une bonne vibe. Donc c’est ça l’avantage : c’est un vieux truc mais en même temps ça sonne moderne. Donc c’est ça qui m’intéressait.

Finalement tu te demandes comment des mecs à un moment ont eu des pics de génie et ils ont sortis un truc super moderne. Alors que quand t’écoute les hits comme « can u feel it » (NDLR : Mr Fingers), c’est sympa dans son contexte mais si tu l’écoutes aujourd’hui… Au contraire si t’écoutes un « Stars » (NDLR: toujours de Mr Fingers, voir playlist juin) tu te mets à flipper quand tu te dis que c’est de l’electro qui a été fait en 1987 ! C’est un mélange d’electro et de progressif qui sonne presque comme du Carl Craig.
Donc moi en ressortant ces classiques, je mets aussi en valeur ce qu’ils ont fait. Aujourd’hui qui se souvient de Denise Motto (NDLR: présente sur le Skylax 102) ? Alors que franchement la première fois que j’ai écouté ce morceau, j’ai tout de suite pensé que c’était une bombe. En fait il a réutilisé la matrice du « no way back » (NDLR: de Adonis), rajouté quelques trucs et mis sa voix. Au final ça sonne mortel ! C’est comme la cerise sur le gâteau, le truc le plus parfait qu’il puisse faire et ça en l’occurrence c’est parfait! Et aujourd’hui quand t’écoutes les remix de Chicken Lips et des Acid Kings pour Jori Hulkkonen, c’est complètement pompé sur les trucs acid sortis il y a 15 ans même si ça reste malgré tout du beau boulot.

Justement en ce moment, il y a un gros revival Acid. Qu’est ce que t’en penses ?

Ça ne me dérange pas mais après ce qui me dérange c’est quand les mecs se mettent à recréer ça de façon parfaite. Ça sert à rien. Faut quand même se rappeler qu’à l’époque, les mecs produisaient sur des Commodores ! Ils avaient des trucs complètement pourris et à un moment donné, ils ont réussis à caler le truc parfaitement ce qui va dire qu’il y a un peu une part de magie là dedans. Mais après refaire ça aujourd’hui, avec tous les ordinateurs, alors que n’importe qui peut faire de la musique, ça n’a plus de sens à l’exception de 2,3 trucs très bien.
Faire du revival punk funk et Cie c’est bien mais à un moment tu te dis « pourquoi ? ». C’est ce que j’écoutais quand j’étais plus jeune. Des trucs comme ESG ou bien les Bush Tetras que je devais d’ailleurs ressortir il y a 3 ans sur Parisonic et où finalement ça n’a pas pu se faire. Et ensuite, tu les voir apparaître 2 ans plus tard sur ces compilations en étant soi-disant le nec plus ultra. Le truc c’est que tu peux pas faire tout le temps ça : la batterie machin, la meuf qui chante et qui fait une fausse voix (NDLR : il imite un gémissement). A la fin c’est lourd.

Donc finalement comment tu fais pour sortir des morceaux old school sans pour autant rentrer dans une certaine hype ?

En général, les morceaux que je sors sont déjà très rares et en plus sortent remixés, remasterisés. Donc il y a un ajout et au final c’est plus le même morceau. L’apport des remixeurs est considérable pour rendre le morceau actuel. Et puis en plus, il y aussi les choix des morceaux. Je pourrais ressortir des morceaux type « 7 ways to jack ». Optimo me demandent de le ressortir mais ça ne m’intéresse pas ! Non pas que ce soit un mauvais morceau mais j’ai des trucs tellement précis dans la tête que je sais exactement quel est le morceau que je veux remixer. C’est celui là et pas un autre.

Est ce que tu as l’impression d’éduquer le public d’aujourd’hui en sortant ce genre vinyles aujourd’hui ?

C’est vrai que tous les jeunes, quand ils vont dans les shops, ils écoutent pleins de truc electro qui sont supers mais sans forcément les références derrières et quelque part c’est super important de sortir ce genre de morceau là pour leur dire « hé c’est de là d’où ça vient ce genre de sons ». Ces morceaux sont toujours aussi bien aujourd’hui et dans toute musique tu dois connaître tes racines. C’est super important parce que ça te donne une vraie assise et comme ça tu comprends mieux la musique. Pour moi qui produit, c’est essentiel parce que quand t’écoutes ces morceaux, tu te mets à comprendre pourquoi le mec démarre sa basse à une minute, qu’il met le kick un peu plus loin, les charlets plus tard, puis la montée, puis les delays etc. Et ce qui est important aussi c’est pas juste de sortir des classiques genre « House anthem » (NDLR : de Marshall Jefferson) bien que ce soit une tuerie. L’essence de l’artiste, on le trouve quelque part dans les morceaux rares, pas dans les classiques.

Qu’est ce que t’aimes bien dans la scène actuelle ?

J’aime bien les chicken lips. Je les trouve vraiment très fort. Ils ont vraiment une belle production et c’est très riche. J’aime bien aussi ce que font les mecs de GET PHYSICAL. PLAYHOUSE également qui sort des bons tracks comme Alter Ego (NDLR : sorti sur KLANG ELECTRONIK le label frère de PLAYHOUSE). J’aime ces gens là parce qu’ils ont réussi à bien digérer la culture house pour en refaire quelque chose de neuf. Dans un autre style j’adore les Bangkok Impact et tout le label CREME (NDLR: CREME ORGANIZATION). Ce qui est sur en tout cas, c’est que tout ces mecs ont aussi une culture rock parce que c’est impossible de faire ce genre de tracks sans culture rock. Ils ont réussi finalement à prendre les meilleurs trucs pour faire quelque chose de vraiment personnel. Après il y aussi des mecs en Angleterre comme Riton ou Freeform 5 qui font des trucs bien.

Et qu’est ce tu penses de la scène française ?

Moi je trouve ça pas mal. Les acteurs, on les connaît : Ivan (NDLR : Smagghe), Jennifer (NDLR : Cardini), Chloe etc. Il n’y a pas grand monde mais c’est souvent bien foutu. Jef K, aussi a sorti des très bons disques sur son label (NDLR : CRACK&SPEED et SILVER NETWORK), Eric Rug aussi. Evidemment, la première fois que Ivan m’a emmené les premiers remixes de Black Strobe, c’est clair que je me suis dis que là il y avait une voie nouvelle qui s’ouvrait. Ils ont pu amener une vision différente à la scène électronique. En amenant un côté rock, mettre de côté les filtres.

Parle nous de ton projet « Hardrock Striker »

C’est un projet avec des influences house et rock. On vient de remixer disco circus de Martin Circus, le classique de 1979 sorti sur PRELUDE. C’est quand même l’un des tracks les plus importants de la dance music. On vient aussi de remixer avec Peter Black, le dernier single des Fisherspooner « just let go ». Dernièrement, on a aussi remixé Howard Jones « new song » (NDLR : tube vendu à plusieurs millions d’exemplaires en 1983) pour une compilation des années 80 composé entièrement de remixes. Il y a aussi un album qui se prépare. On bosse depuis mal de temps dessus. Deux types d’albums se profilent dans ma tête. Un truc instrumental et un truc plus vocal avec un côté dark, electro parce que tout ça c’est notre son : ce mélange de MC5, Joy Division, d’acid house. J’aime bien la pop donc j’ai envie de pouvoir mixer ces deux univers comme l’a fait Soulwax par exemple sur leur denier album. Je ne sais pas exactement quelle forme ça va prendre.

Pour finir, dis nous un peu quels sont les clubs que tu apprécies ici à paris ?

Le pulp, c’est cool. Le tryptique c’est très bien aussi, très sympa. A paris, il n’y a pas vraiment une tonne de bons clubs mais ceux là sont vraiment les meilleurs.

Interview réalisée par Clems et jrm

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